Dessin de Charles Courtry, d’après un tableau de Michel Corneille le Jeune. L’interdiction de la pièce était sans doute dictée par des considérations de politique religieuse, en particulier par la nécessité de ne pas affaiblir l’Église catholique dans un temps où la dissidence janséniste faisait peser sur elle la menace d’un schisme. Cette interdiction a entrainé une importante  querelle , à laquelle ont le cinéma ou l homme imaginaire pdf part diverses personnalités de l’époque. Page du registre de La Grange dans laquelle est consignée la création à Versailles du premier Tartuffe.

Les 7, 8 et 9 mai 1664, à Versailles, le jeune roi Louis XIV a offert trois journées de divertissement à quelque six cents invités sous le titre des Plaisirs de l’île enchantée. Ce serait donc en pleine connaissance de cause que Louis XIV avait invité Molière à donner une avant-première du Tartuffe à Versailles. Hypocrisie sans doute en est un des plus en usage, des plus incommodes, et des plus dangereux, j’avais eu. L’interdiction royale s’applique aussi à l’étranger.

En février 1666, Christine de Suède, désireuse de lire la comédie interdite, s’adresse à Hugues de Lionne, ministre des affaires étrangères de Louis XIV, pour en obtenir une copie. Louis XIV ayant confirmé son interdiction après avoir revu le spectacle en septembre 1664 à Villers-Cotterêts, chez son frère et sa belle-sœur, Molière entreprend de remanier sa pièce. Du coup Molière peut produire à la dernière scène le coup de théâtre qui rétablit l’ordre familial bouleversé par les menées de l’imposteur. L’intervention royale, telle que l’Exempt la décrit dans les vers 1904-1944, n’est pas simplement celle d’un deus ex machina venu dénouer une action sans issue. Le roi est en effet présenté comme le garant de la véritable justice, qui ne se laisse pas prendre aux apparences.

Autrement dit, Molière avait transformé sa pièce en pièce politique dans laquelle le roi intervenait à ses côtés pour condamner les hypocrites. La nouvelle version du Tartuffe, maintenant intitulé L’Imposteur, résulte d’un travail de réécriture et de restructuration entamé dans les derniers mois de 1664, après que Louis XIV a confirmé son interdiction. Le 16 juillet 1667, Louis XIV, qui depuis deux mois se trouvait en Flandre dans le cadre de la Guerre de Dévolution, vient passer quelques heures à Saint-Cloud chez son frère et sa belle-sœur. La création a lieu le 5 août 1665 au Palais-Royal devant une salle comble. Molière a ôté de sa pièce tout ce qui était susceptible de  fournir l’ombre d’un prétexte aux célèbres originaux du portrait faire . Ces  adoucissements  n’y font rien : il n’y aura pas de seconde représentation.

Dès le 6 août, le premier président du parlement de Paris Guillaume de Lamoignon, qui, pendant l’absence du roi, est chargé de la police de la capitale, signifie à la troupe par huissier que cette comédie est toujours officiellement sous le coup d’une interdiction. Le Roi a désormais les mains liées. Quelque temps après la publication du mandement de Péréfixe, Colbert demande à son bibliothécaire Étienne Baluze, docteur en droit canon, d’examiner la validité de ce mandement. Tout en reconnaissant la légitimité du mandement de Péréfixe, Baluze suggère que l’effet de cette mesure extraordinaire est d’avoir provoqué le mépris des croyants.

Page de titre de l’édition de 1669. Le 5 février 1669, la pièce, enfin autorisée, peut reparaître en public sur la scène du Palais-Royal et sous le titre Le Tartuffe ou l’Imposteur. La salle est archicomble, le succès est immédiat. Je suffoque, je n’en peux plus ! 860 livres le premier jour, six recettes de plus de 2.

000 livres, 16 de plus de 1000, une moyenne de 1. L’affaire du Tartuffe est aussi une affaire d’argent. On a cru pendant longtemps que la pièce donnée 12 mai 1664 devant Louis XIV et ses invités était inachevée, et que Molière et ses camarades avaient représenté, sous le titre Le Tartuffe ou l’Hypocrite, les trois premiers actes seulement d’une  grande comédie  conçue pour en compter cinq. Le spectacle se terminait donc sur le triomphe de Tartuffe s’apprêtant à épouser Marianne et à recevoir le don de la maison familiale de la main d’Orgon.

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