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Réduire le travail à sa seule rémunération, c’est-à-dire à sa seule composante thermodynamique de fourniture d’énergie et de matière relève de l’imposture. Rien d’étonnant à cela puisque ceux qui nous rabâchent ce slogan sont des imposteurs qui pensent pouvoir subordonner leurs concitoyens à leur seule dimension pulsionnelle et hypothalamique. On pourra lire, avec beaucoup d’intérêt : “Le travail – Pourquoi travailler”. Et puis, et bien que ce ne soit pas le sujet, que dire des chiffres qui annoncent entre 1. 6 millions de travailleurs pauvres en France ?

Le travail possède bien sûr de nombreuses autres dimensions. Certaines sont plutôt bien définies ou circonscrites : contrat de travail, niveaux de rémunération, avancement, liens de subordination, etc. Le plus souvent et d’abord, ce sont des psychologues ou des ergonomes qui ont tenté de définir la notion de charge de travail. Les médecins du travail les ont maintenant relayés.

La notion de charge de travail a très fréquemment une acception négative qui tourne autour de termes comme contrainte ou astreinte. La contrainte est souvent comprise comme l’exigence de l’entreprise en termes de but à atteindre. L’astreinte est davantage comprise comme la charge de travail proprement dite, c’est-à-dire comme les effets du travail sur l’employé. Parmi les indicateurs précoces qui annoncent que les objectifs d’une entreprise sont par trop mal perçus par ses employés, bien avant que leurs doléances ne s’expriment par la perception de charges trop lourdes, trop mal définies, des objectifs peu clairs, de conditions stressantes, etc. On peut croire que les ergonomes, psychologues et médecins d’entreprise l’auront été. Très simplement et initialement, la charge de travail est un objectif de production ou de service à atteindre. Le temps, les flux d’énergie, de matière et d’information sont les facteurs quantifiables qui sont d’abord mis en avant.

On peut toujours calculer le temps nécessaire à la fabrication d’une pièce, la quantité de matière première dont on aura besoin, des flux d’approvisionnement qui alimenteront les chaînes de montage ou les ateliers, des savoirs-faire minima qui seront garants du niveau de productivité et des exigences de qualité attendus, etc. Dès lors, celle-ci n’est plus atteinte. Leurs conditions de travail se dégradent. Les mécanismes de régulation dans l’entreprise fonctionnent en tendance et les choses empirent. La notion de pénibilité passe au premier rang des revendications ou des préoccupations des employés. La charge de travail devient synonyme de tension. L’évaluation de la charge de travail comportera toujours la notion de charge prescrite.

Mais la charge prescrite ne peut pas être la charge réelle. La charge réelle devra dépasser les seules dimensions de la production. Très modestement, je crois que l’on pourrait envisager l’évaluation de la charge de travail avec une approche neurobiologique. Il est parfaitement évident que le travail et la rémunération qui lui est attachée permettent de couvrir nos besoins en matière et en énergie. Mais cette récompense pécuniaire et pulsionnelle n’est pas celle qui rend la charge de travail acceptable ou non.

Ou plutôt, je le comprends fort bien quand je lis les propos de M. Seillières quand il avance que sa vie vaut plus et mieux que celle des ouvriers qui l’ont enrichi. Le travail ressenti s’inscrit à la fois dans une dimension personnelle qu’on dira psychologique et dans une dimension de groupe qu’on dira sociale. Que l’une ou l’autre de ces dimensions soit mal ressentie ou mal vécue par le travailleur et celui-ci développe des troubles divers plus ou moins graves. La dimension thermodynamique du travail, c’est-à-dire la rétribution est aussi une composante des dimensions psychosociales, puisque de son importance : pouvoir d’achat ou statut social, dépendra la teneur du discours du travailleur sur son bien-être ou son mal-être à son travail. Mais les dimensions psychosociales sont variées et les aborder ou les évaluer nécessite des outils ou des modèles.

L’évaluation du syndrome général d’adaptation est d’abord biologique. Elle retient trois phases : une phase d’alarme, une phase de résistance et une phase de dépassement. Mais l’évaluation du stress doit aussi être de nature psychosociale puisqu’il est fondamental de comprendre comment un individu parfaitement adapté à une tâche, devient, à un moment donné, tout à fait inadapté. Un état de stress survient quand il y a inadéquation entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a des ressources dont elle dispose pour y faire face.

La méthode de Karasek est une évaluation causale des contraintes mentales au travail. Ce questionnaire présente trois axes de descriptions de l’activité du travailleur. Le deuxième axe concerne le degré d’autonomie dont dispose le travailleur. On parle aussi de latitude décisionnelle du travailleur et des retombées potentielles en termes d’épanouissement dans la réalisation de la tâche. Le troisième axe concerne le soutien social dont dispose le travailleur sur son lieu de travail.

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