Venez nous rencontrer le samedi 22 mars 2014 ! Journée Internationale de la Femme, l’Espace Pédagogique Contributif va publier plusieurs travaux de recherche consacrés au féminisme. Elle est  en femme , simplement, et cela suffit. On a beaucoup écrit sur la  Vagabonde , mais derrière tous ces clichés, que la mariée insoumise pdf gratuit-nous retenir de son œuvre et que savons-nous même de la femme ?

Cette auteure énigmatique publie son premier roman, au côté de son mari Willy, en 1900 : Claudine à l’école. C’est un grand succès commercial qui lancera la fameuse série des Claudine et propulsera la carrière littéraire et journalistique de Colette. Sidonie-Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1878 dans une famille cultivée de la petite bourgeoisie provinciale. Ses premières lectures vont marquer son style d’écriture.

Ainsi, sa passion pour Balzac se retrouve dans ses descriptions, si poétiques quand elle évoque les paysages, les parfums et les sens. En 1893, elle se marie à Henry Gauthier Villars dit  Willy . Il l’emmène dans les salons littéraires à la mode qui fleurissent alors à Paris : c’est là par exemple qu’elle rencontre Marcel Proust qui exercera sur elle une influence considérable. Mais Colette ne publiera pas sous son propre nom. Willy affirme qu’il a reçu d’une jeune fille dont il couvre l’anonymat en faisant figurer son propre nom sur la couverture.

Comme nous le voyons, la vie de Colette influe considérablement sur son œuvre. C’est ainsi qu’en 1905 par exemple, elle rencontre Mathilde de Morny, dite Missy avec qui elle entretiendra une relation sulfureuse. Dernière fille du duc de Morny et de son épouse la princesse Sophie Troubetzkoï, elle était donc par la main gauche arrière petite-fille de Talleyrand et petite-fille de la reine Hortense, mère légitime de Napoléon III et officieuse de Morny. Elle fut élevée par le duc de Sesto, grand d’Espagne, second mari de sa mère, tuteur d’Alphonse XII et gouverneur de Madrid. Mariée à dix-huit ans à Jacques, marquis de Belbeuf, elle s’en sépara rapidement, affichant ses préférences pour les femmes. Sa conduite extravagante en fait une célébrité parisienne, les adolescentes imitent ses tenues et, sur les boulevards, on boit une marquise, cocktail qu’elle a lancé.

Extrait de : Claude Francis, Fernande Gontier, Mathilde de Morny : la scandaleuse marquise et son temps, Perrin 2000. L’Amour, le Désir et la Chimère  de Francis de Croisset et Jean Houguès. C’est en effet au côté de Missy que Colette, tout en se consolant de la dureté et de l’inconstance des hommes, prend goût au scandale. Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette image à la fois choquante et fascinante, libre et mystérieuse est en fait le témoignage d’une émancipation, d’un affranchissement, d’une libération des dogmatismes et des tabous. C’est pendant sa collaboration avec le journal Le Matin que Colette rencontre son second mari Henry De Jouvenel.

Ils se marient en 1912 et un an plus tard, Colette accouche d’une fille baptisée Colette et surnommée  Bel Gazou . Colette ne sera pas une  mère  exemplaire : sa maternité revêt même un  caractère accidentel  pour reprendre l’une de ses expressions dans le Fanal bleu. En 1921, lors de vacances en Bretagne, Colette a une aventure avec le fils de son mari, Bertrand de Jouvenel. Cet événement l’inspire pour l’écriture du Blé en Herbe, premier livre signé  Colette  qui parait en 1923. En 1933, elle épouse Maurice Goudeket son troisième mari, dont elle dira :  Je crois qu’il est la perle, le joyau des voisins de campagne? Présent et absent quand on le souhaite. La relation que Colette entretiendra avec Maurice est plus apaisée que lors de ses unions précédentes.

Comme le note Josette Rico,  avec Maurice Goudeket, Colette manifeste, contrairement aux préjugés qui prévalaient au siècle précédent, qu’une femme peut être écrivain et vivre de sa plume sans avoir à sacrifier le lien sentimental avec un homme. 1936, elle succède à Anna de Noailles à l’Académie royale de langue et littérature française de Belgique, et en 1945 elle est reçue à l’Académie Goncourt et y sera élue présidente en 1949. Colette meurt le 4 août 1954 et reçoit des obsèques nationales, mais l’Église lui refuse les obsèques religieuses à cause de sa vie trop libre qui a scandalisé les mœurs de l’époque ! Assurément,  libre , Colette l’a été, jusque dans l’expression et la revendication du désir féminin. Colette a joué de cette ambiguïté toute sa vie en restant toujours indépendante et émancipée : entre ses trois mariages, sa fille, ses scandales d’actrices, ses relations et son comportement masculin, l’auteure de la Vagabonde est à la fois un symbole de liberté et de féminité. Colette n’était certes pas une militante.

Elle était féministe à sa manière, au quotidien et ne se préoccupait pas des mouvements de masse ou bien de politique : Aragon l’a qualifiée  d’étrangère à l’histoire . De fait, elle n’a jamais participé à aucun mouvement féministe, au contraire, elle les rejetait et les dénigrait : en 1910, elle critique le mouvement des suffragettes en affirmant d’un ton péremptoire :  Les suffragettes ? Selon Alain Brunet, Colette  admettait aisément que des individus ayant une physiologie différente aient des rôles différents. Elle estimait ridicule qu’une femme s’intéresse à la politique ou revendique le droit de vote, domaine, à ses yeux, réservé aux hommes . Ce féminisme, que l’on qualifiera de différentialiste avec Annie Leclerc, assume cette part de différence entre les hommes et les femmes, et revendique haut et fort l’identité féminine. Il suffit de se pencher sur sa biographie pour voir que Colette défendait la cause des femmes. Elle était très libre dans ses actes : le divorce était encore très mal vu à l’époque mais cela ne l’a pas empêché de se marier trois fois.

De plus, elle a toujours cherché à être financièrement indépendante, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle écrivait et, dans sa jeunesse, jouait sur scène. D’après Frédéric Maget, l’œuvre de Colette est une  longue et lente quête de soi et la plupart de ses fictions ont été forgées à partir des événements de sa vie . La majorité de ses romans peuvent en effet se lire comme des autofictions. Lire Colette, c’est donc découvrir, derrière les personnages féminins la face cachée de Colette : dans les Claudine, on lit la vie d’une jeune provinciale qui va s’émanciper et devenir une femme. Dans Claudine s’en va, Annie, de femme soumise qu’elle était, apprend ce qu’est la vie.

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